Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 15:39
Depuis quelques mois, voire quelques années, les vampires rencontrent un vif succès. C'est bien simple, ils sont partout: littérature de jeunesse, littérature pour plus grands, feuilletons et films... Difficile d'éviter la morsure!
Je fais partie des nombreuses victimes d'
Edward Cullen, des anciennes adeptes de Buffy et je plonge aujourd'hui avec plaisir dans les recueils de nouvelles fantastiques.
Néanmoins, je m'interroge sur ce phénomène, sans doute lié à la vague
Twilight.... Pourquoi notre société est-elle autant fascinée par les buveurs de sang? Comment expliquer ce regain, cette nouvelle effervescence?
J'ai donc profité de mes lectures pour faire quelques recherches, pour écouter quelques émissions. Si le sujet vous intéresse, la suite du billet vous est destinée.
Enfin,
j'ajouterai la bibliographie en fin de billet.

Bonne lecture!



Qu'est-ce qu'un vampire?

Le vampire fait partie des "mal-morts", c'est-à-dire ceux qui sont morts avant la date fixée par le Destin. Ils sont donc "bloqués" entre deux mondes, celui des Vivants et celui des Morts (l'Au-delà).
Parmi eux: les suicidés, les naufragés, ceux qui n'ont pas été enterrés en terre consacrée (comme suicidés ou excommuniés) ou dont les rituels d'enterrement n'ont pas été respectés.
Le vampire est non seulement un revenant mais aussi un buveur de sang. En buvant le sang des Vivants, le vampire s'approprie leur âme. C'est pour cela que l'Eglise considère les vampires comme des créatures du Diable. En outre, ils remettent en cause la question de la vie et de la mort, du Paradis et de l'Enfer, etc.
Le vampire est un être de contradictions: il souffre de ne pouvoir accèder au repos éternel, il fait souffrir; il inspire l'horreur, la crainte mais fascine tout autant, attire, séduit. Il cristallise les problèmes et questions fondamentaux de tout un chacun: la vie, la mort, la peine, la sexualité...

Comment s'en protéger?
Avec de l'ail: les vieilles superstitions affirmaient que les odeurs fortes avaient le pouvoir de chasser les Esprits. Il est donc tout naturel de penser que l'ail fera fuir un vampire...
Avec de l'Eau bénite: le vampire est un suppôt de Satan, un cadavre animé par le Diable. Tout comme la Bête, le vampire craindra l'Eau bénite...
Avec un pieu: dès le 8ème siècle, des pieus étaient plantés dans les tombes pour éviter que les morts ne reviennent hanter les vivants. Autrement dit, il s'agit de "clouer" le mort dans sa tombe...
C'est le même principe pour les grilles ou les herses qui entourent certaines tombes: elles doivent empêcher le mort de revenir.








Les vampires dans l’Histoire

Racines antiques : la mythologie grecque présente de nombreuses créatures buveuses de sang, parmi lesquelles les striges.

Racines judéo-chrétienne : Lilith, première femme d’Adam, répudiée. Elle suce le sang des nourrissons et dépouille les jeunes hommes de leur virilité la nuit. La Lilith de la Bible est comparée à la goule des Mille et une nuits, une belle jeune femme qui attire les hommes dans les cimetières pour les dévorer.

Autres traditions et superstitions: les revenants, les morts qui ne trouvent pas de repos dans la tombe, tels que le frappeur, le visiteur, le vengeur, etc. (leur nom vient de leur modus operandi). Ainsi, le mâcheur est celui qui dévore son linceul pour sortir de sa tombe, il dévore le bétail puis les humains.

Moyen Age : en 1484, le Pape Innocent VIII reconnaît officiellement l’existence des morts vivants.

Au XVIIIe siècle, les rumeurs et superstitions au sujet des loups garous et des revenants se multiplient dans toute l’Europe.

En 1732 apparaît pour la première fois le mot « vampyre ». En raison des épidémies qui dévastent les pays, sèment la panique, en raison de la fin de la chasse aux sorcières, le phénomène prend de l’ampleur. C’est un moyen de rassurer les populations, de donner une explication aux épidémies, de trouver des responsables. Les documents de l’époque caractérisent ainsi le vampire : il a un corps, il sort de sa tombe pour boire le sang des mortels et prolonger son existence, ses victimes deviennent à leur tour vampire.

Le religieux Augustin Calmet a largement participé à la propagation des rumeurs et des superstitions sur les vampires, avec son Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires (1746). Des aperçus de son livre sont d'ailleurs disponibles sur Google Livres.

 

Les vampires historiques :

Au XVe siècle, en Roumanie, le prince Vlad IV a frappé l’imaginaire. C’est un chef militaire célèbre, reconnu pour ses faits d’armes contre les Turcs. Il est également réputé pour sa cruauté dont il tire ses deux surnoms : « Tepes » qui signigie « l’empaleur » ou « Dracul » qui signifie « le diable, le dragon ». On raconte qu’il prenait plaisir à empaler ses victimes, à prendre ses repas au milieu de ses adversaires agonisants… C’est ce personnage historique qui inspira Bram Stocker. Le suffixe "-a" désigne la filiation, autrement dit "Dracul-a" signifie "fils du Diable".

Au XVIIe siècle, en Hongrie, la comtesse Erzsébet Bathory a également marqué les esprits, par sa cruauté et son caractère sanguinaire. Persuadée que le sang rendait la peau plus douce, elle aurait fait saigner près de 300 jeunes filles pour prendre des bains de sang. C’est ce personnage qui inspira Sheridan Le Fanu pour son héroïne, Carmilla.


Les vampires dans la littérature

C’est seulement au XIXe siècle que le vampire apparaît en littérature, alors que ce dernier est relégué au rang des superstitions et des vieilles légendes. Pourtant son succès s’explique par le contexte socioculturel de l’époque.

Le XIXe siècle est avant tout celui de la révolution industrielle. Avec elle émerge une ère nouvelle : la société est dominée par la bourgeoisie qui défend le travail et la rentabilité, la religion est très présente et la science progresse. Cette société laisse donc peu de place à la fantaisie… Or, la littérature fantastique, de plus en plus audacieuse, permet d’exprimer les fantasmes, les peurs, les envies de tout un chacun, à travers des personnages ou des histoires tantôt horribles, tantôt subversives, etc.

Plus l'univers est raisonné, cerné, exploité, plus l'Homme se réfugie dans l'imaginaire et refait vivre les croyances. Comme aujourd'hui... 

A noter, une petite évolution de la figure du vampire: dans l'Antiquité, les créatures buveuses de sang sont essentiellement des femmes (ou femelles); alors qu'au XIXe siècle, les vampires sont plus souvent des hommes (ou mâles).

Une petite bibliographie (testée et approuvée!):

- Sheridan Le Fanu, Carmilla

- Théophile Gautier, La Morte amoureuse et autres contes fantastiques

- Anthologie Les Cent ans de Dracula

- Anthologie Les Dents de la nuit

- Stephenie Meyer, Fascination (les 4 tomes, bien sûr!)

- Bram Stocker, Dracula
- Edouard Brasey, Traité de vampirologie du Docteur Van Helsing (merci à La Liseuse pour cette découverte!)
- Claude Lecouteux, Histoire des vampires

Et en BD:
-
Sevestre & Springer, Volunteer (3 tomes)
- Ayroles & Maïorana, D - Lord Faureston
- Swolfs, Le Prince de la nuit
- Dufaux & Marini, Rapaces (4 tomes?)

Et une BD récemment publiée (que j'adorerais lire): Vampyres (un collectif).
Par Mariel - Communauté : Salon Lecture
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