Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /2009 08:00
Encore un livre qui prenait la poussière depuis plus d'un an...
Grâce à Kali et aux lectures communes, le premier roman de Sepùvelda sort de l'ombre de mes étagères...




Le Vieux qui lisait des romans d'amour
Luis Sepùvelda

Titre original: Un viejo que leia novelas de amor
Espagnol (Chili)
Coll. Points - 2000 (Ed. Métailié)




Résumé
Alors que le dentiste Loachamin achève sa tournée sur le quai d'El Idilio, deux pirogues accostent près du Sucre. A leur bord, des Shuars ret le cadavre d'un gringo. Aussitôt, sans réfléchir, le maire du village accuse les Indigènes du meurtre et entreprend de les arrêter. C'est alors qu'intervient le vieux, Antonio José Bolivar. Son expérience, ses connaissances de la forêt, des Shuars et de la faune, lui permettent de "déchiffrer le mort": sa blessure est la marque d'un félin. Un félin fou de rage et de douleur. Le maire n'a d'autre choix que de se soumettre au savoir du vieux. Il monte une expédition afin de retrouver le félin au plus vite, le vieux en sera le chef et devra laisser de côté ses romans d'amour...


Mon avis
Petit roman mais grand plaisir.
Le Vieux qui lisait des romans d'amour est moins un roman qu'un conte philosophique: la chasse au félin, qui constitue la trame du récit, se transforme en chasse à l'Homme. En effet, alors qu'il traque la bête, le vieux "se traque" lui-même: il plonge dans son passé, dans ses connaissances et amène le lecteur à réfléchir avec lui. Ainsi, on suit les aventures d'un homme qui, au déclin de sa vie, pose un regard lucide et juste sur le monde qui l'entoure: l'Homme et la Nature. Du simple constat à la dénonciation, il n'y a qu'un pas que l'auteur franchit, sans jamais tomber dans le manichéisme.
Shuars, Jivaros, Chiliens et colons peuplent ce récit mais n'endossent pas les capes des gentils ou des méchants. Chaque "communauté" doit assumer ses responsabilités, ses travers... De même, Dame Nature se montre tantôt hostile, tantôt bienveillante. A l'instar de ses habitants, elle est vivante. A chacun d'apprendre à la connaître, à chacun de la respecter pour vivre avec elle, pour cohabiter. Et cela passe par l'écoute, notamment l'écoute de ses premiers habitants: la faune et les Indigènes. Au sein de la Nature, la naïveté (celle des colons, par exemple) et les excès (de zèle, d'ambition) n'ont pas leur place. De la mesure. De l'humilité. Deux mots que semblent avoir oublié les Hommes...
Dans ce beau conte écologique, quelle est donc la place des romans d'amour? D'une certaine manière, ces derniers illustrent l'apprentissage, la connaissance (tout autant qu'ils représentent une compagnie, une part de rêve pour leur lecteur). De même que le vieux Chilien ignore Venise ou Barcelone, nous ignorions les berges de l'Amazone. A travers les livres, le vieux découvre un monde qui lui est inconnu, il apprend à en connaître "les règles". Et grâce à la plume, très fluide et imagée de Sepùlveda, sans être allés en Amazonie, nous imaginons parfaitement son atmosphère, ses lieux immenses et verdoyants, ses peuples...
En bref, ce court récit revêt une valeur universelle et n'a sans doute jamais été autant "actuel". A méditer, longtemps.


Trois bonnes raisons de lire Le Vieux qui lisait des romans d'amour :
- un conte universel et actuel;
- un voyage tout en images dans la jungle amazonienne;
- une chasse au félin qui mêle habilement suspense et réflexion
.


Extrait (p.106)
"Il avait recommencé à la première page.
Il était mécontent de ne pas arriver à comprendre l'intrigue. Il faisait défiler les phrases qu'il savait par coeur et elles sortaient de sa bouche dénuées de sens. Ses pensées voyagaient dans toutes les directions à la recherche d'un point quelconque sur lequel se fixer.
- Peut-être que j'ai peur.
Il pensa au proverbe shuar qui conseillait de se cacher de la peur et éteignit la lampe. Il s'allongea sur les sacs, dans le noir, son fusil armé sur la poitrine, et laissa toutes ses pensées s'apaiser comme les cailloux quand ils touchent le fond du fleuve.
Voyons, Antonio José Bolivar. Qu'est-ce qui t'arrive?"


A noter que ce livre a reçu deux prix, très différents, en 1992: le Prix Relais H du roman d'évasion et le Prix France Culture étranger.
Autre remarque: Sepùlveda dédie son livre à Chico Mendes, grand défenseur de l'Amazonie, un "ami très cher qui parlait peu et agissait beaucoup", assassiné (pour des raisons politiques et économiques) peu avant la publication du roman.

Allons lire l'avis de Kali...
Par Marie_L - Publié dans : Littérature - Communauté : Salon Lecture
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